Do You Talk to Yourself? Here’s How to Harness Your Inner Voice | Ethan Kross | TED

Do You Talk to Yourself? Here’s How to Harness Your Inner Voice | Ethan Kross | TED

TED

0:00 Traducteur: Claire Ghyselen Relecteur: eric vautier

0:04 Je souhaite évoquer avec vous

0:05 les conversations les plus importantes que vous entretenez chaque jour :

0:09 les conversations que vous avez avec vous-même.

0:11 Je m'appelle Ethan Kross.

0:13 Je dirige le laboratoire « Emotion and Self Control »

0:15 de l’université du Michigan

0:17 et depuis 25 ans,

0:18 j'étudie comment les gens peuvent gérer leurs émotions.

0:21 Et l’une des choses que j’ai apprises... (Un objet tombe)

0:25 Là, je gère mes émotions.

0:27 (Rires)

0:28 L’une des choses que j’ai apprises au cours de cette période,

0:32 c’est que pour gérer efficacement ses émotions,

0:35 il faut comprendre comment canaliser cette force mystérieuse

0:39 qu’est la petite voix dans notre tête.

0:42 Je me rends compte que certains se demandent peut-être :

0:45 « Mais que fait ce supposé scientifique sérieux

0:48 en parlant d’un sujet aussi peu rigoureux que la voix dans notre tête ? »

0:53 Mais je tiens à souligner le paradoxe :

0:55 vous savez, si vous venez de vous poser cette question,

0:59 c’est que vous vous parlez à vous-même.

1:01 Et c'est tout à fait normal,

1:03 car la grande majorité d’entre nous ont une petite voix intérieure.

1:07 Voici un fait scientifique que j'adore.

1:10 Nous passons entre la moitié et un tiers de nos heures d’éveil

1:13 à ne pas nous concentrer sur le présent.

1:15 Entre la moitié et un tiers du temps, notre esprit divague.

1:19 Nous réfléchissons à autre chose.

1:21 C’est ce que certains font en ce moment.

1:23 Arrêtez, s’il vous plaît.

1:24 (Rires)

1:26 Une fois que notre esprit divague,

1:29 une des choses que nous faisons, c’est de nous parler à nous-mêmes,

1:32 et d'écouter ce que nous disons.

1:35 Les scientifiques comme moi définissent la voix intérieure

1:38 comme notre capacité à utiliser silencieusement le langage

1:41 pour réfléchir à nos vies.

1:42 Et en fait, c’est l’un de nos super pouvoirs,

1:44 car cette voix nous permet de garder des informations actives à l’esprit

1:48 pendant de courtes périodes,

1:50 comme lorsque vous allez à l'épicerie.

1:52 Si vous êtes comme moi, 15 secondes après le début de l’expédition,

1:56 vous oubliez ce que vous êtes censé acheter,

1:58 et vous répétez cette liste dans votre tête.

2:00 « Des pommes, du fromage, du Gaviscon. »

2:04 Je sature.

2:06 Nous utilisons également notre voix intérieure pour simuler et planifier,

2:09 par exemple quand nous répétons silencieusement ce que nous allons dire

2:13 avant une présentation importante ou un entretien.

2:15 Et bien sûr, nous l’utilisons pour nous contrôler et nous motiver,

2:20 comme je le faisais juste avant de monter sur scène.

2:23 Juste dans les coulisses, là-bas.

2:25 Je me suis dit in petto : « Allez, mec, t’es prêt. Respire profondément.

2:30 45 minutes, et ce sera terminé. »

2:32 (Rires)

2:33 Et bien sûr, vous vous êtes tous dit :

2:35 « Ce type pense qu’il parle depuis 45 minutes. Il est dérangé. »

2:38 (Rires)

2:39 Enfin, et peut-être de façon plus magique,

2:43 nous utilisons notre voix intérieure pour donner un sens à ce monde désordonné

2:47 dans lequel nous vivons souvent.

2:50 Face à des défis, nous tournons notre attention vers l’intérieur

2:53 et nous essayons de les surmonter.

2:55 Notre petite voix intérieure nous aide à créer ces histoires

2:58 qui façonnent notre moi,

3:00 qui façonnent réellement notre identité.

3:02 Votre petite voix intérieure est donc un outil remarquable.

3:06 Le problème, c’est qu’il s’agit d’un outil qui déraille souvent

3:09 au moment où nous en avons le plus besoin.

3:12 Nous ne trouvons pas de solutions claires à nos problèmes.

3:16 On est piégés dans des boucles de pensées négatives.

3:18 Nous nous inquiétons, nous ruminons.

3:20 C’est ce que j’appelle le côté obscur de notre voix intérieure, le brouhaha mental.

3:25 Comment savoir si vous êtes confronté au brouhaha mental ?

3:28 S’il vous arrive d’essayer de résoudre un problème sans avancer,

3:32 ou si vous vous retrouvez à vous réprimander sans cesse,

3:36 « Je suis idiot, tellement idiot. »

3:38 Ce sont là deux signes révélateurs.

3:41 Si cette description du brouhaha mental trouve un écho auprès de vous -

3:44 je suis sûr que ce n’est pas le cas - mais si ça l’est,

3:47 bienvenue dans la condition humaine, mes amis.

3:52 Le brouhaha mental est une de ses fonctionnalités.

3:55 Nous avons tous la capacité de le subir de temps en temps.

3:59 Il s’agit également

4:01 l’un de nos grands problèmes en tant qu’espèce.

4:04 Je dis cela car quand on pense à ce que le brouhaha mental nous fait,

4:08 Ça nous affecte dans trois domaines de la vie

4:10 qui, je pense, nous tiennent à tous profondément à cœur.

4:14 D’abord, le brouhaha mental nous empêche de réfléchir et d’agir.

4:18 Si vous avez déjà eu l'expérience

4:20 de vous asseoir pour lire quelques pages d'un livre

4:22 et que, sous serment, vous jureriez devant un juge

4:25 que vous avez lu les mots à l'écran ou à la page,

4:28 mais vous arrivez à la fin du paragraphe, du chapitre,

4:31 et vous ne vous souvenez plus de ce que vous avez lu,

4:33 vous avez subi une des façons dont le brouhaha mental nous mine.

4:36 Il absorbe notre attention et ne laisse que très peu

4:40 pour faire les choses que nous voulons et devons souvent faire.

4:43 Ensuite, le brouhaha mental provoque des frictions dans nos relations,

4:46 car lorsque nous avons un brouhaha mental,

4:49 nous avons souvent très envie de partager toute sa gloire avec nos proches.

4:53 Nous avons envie de parler de notre brouhaha mental.

4:56 Alors nous trouvons quelqu’un à qui parler,

4:58 puis nous continuons à parler, encore et encore.

5:03 Cela peut avoir une très triste conséquence :

5:07 nous repoussons les personnes qui tiennent vraiment à nous,

5:10 car il y a des limites à ce qu’elles peuvent endurer

5:13 avant que nous ne les saoulions complètement.

5:15 Ensuite, il y a notre santé.

5:17 Le brouhaha mental aide à expliquer comment le stress s’insinue en nous

5:21 pour affecter notre santé physique, car il prolonge notre état de stress.

5:26 Et cela crée une usure de notre corps, qui nous nuit physiquement,

5:31 des problèmes tels que les maladies cardiovasculaires, les inflammations,

5:34 même certaines formes de cancer.

5:37 Quand on entend parler de ces découvertes,

5:39 on me pose souvent la question : « Comment taire la voix intérieure ?

5:42 La faire taire tout simplement. »

5:44 Et je ne pense pas que ce soit la meilleure question.

5:48 Parce que votre voix intérieure est un outil remarquable.

5:52 Il ne faut pas s’en débarrasser.

5:54 Ce que l’on veut savoir, c’est comment la canaliser.

5:56 Et c'est là que la très, très bonne nouvelle entre en jeu.

6:00 C’est la question à laquelle des scientifiques comme moi

6:03 essayons de répondre depuis quelques décennies,

6:06 et nous avons beaucoup appris sur les outils scientifiques

6:09 qui existent pour y parvenir.

6:11 Car il en existe désormais beaucoup.

6:13 Je ne vais pas vous parler de tous, car alors nous y passerions 45 minutes.

6:17 Mais je voudrais partager trois de mes favoris.

6:20 Et nous allons commencer par la langue.

6:22 Juste avant que Malala Yousafzai

6:24 devienne la plus jeune personne à remporter le prix Nobel de la paix

6:27 pour avoir défendu le droit des jeunes filles à recevoir une éducation,

6:31 Jon Stewart l’a invitée à son émission « The Daily Show »,

6:34 pour parler de son expérience.

6:36 À un moment de l'entretien,

6:38 elle commence à expliquer ce qui lui est passé par la tête

6:42 quand elle a découvert que les talibans complotaient pour la tuer.

6:47 Je voudrais vous présenter une citation qui montre

6:49 comment elle a commencé à parler de cette expérience.

6:52 « Avant, je pensais que les talibans viendraient et qu’ils me tueraient... »

6:56 Rien de particulièrement inhabituel ici.

6:58 Elle se parle à elle-même à la première personne,

7:01 comme nous pensons habituellement à notre vie.

7:04 Mais dès qu'elle aborde cette partie de l'expérience,

7:07 « Les talibans sont à ma porte », « ils viennent me chercher ».

7:11 C’est sans doute le point culminant,

7:13 l’événement le plus stressant susceptible de provoquer du brouhaha mental.

7:16 Une fois arrivée à ce stade, elle fait quelque chose d'étrange.

7:21 Voici une autre citation, et regardez bien ce qu’elle dit :

7:24 « Je me suis demandé : ‘Que ferais-tu, Malala ?’

7:27 Ensuite, je me répondais : ‘Malala, frappe-le avec une chaussure.’

7:31 Puis j’ai dit : ’Si tu frappes un taliban avec ta chaussure,

7:34 il n’y aurait aucune différence entre toi et ce taliban. »

7:36 Elle commence donc à la première personne, puis elle change.

7:40 Elle s'entraîne elle-même.

7:41 Elle se donne des conseils comme elle le ferait à quelqu'un d'autre,

7:45 en utilisant son nom et le mot « tu ».

7:48 Dans ce cas, Malala utilise un outil que nous avons étudié :

7:52 le « discours intérieur à distance »,

7:54 et c'est utile parce que nous, les êtres humains, sommes bien meilleurs

7:59 pour donner des conseils aux autres que pour suivre les nôtres.

8:04 Donc, si vous vous êtes déjà senti comme un hypocrite,

8:06 à nouveau, bienvenue dans la condition humaine.

8:08 Ce phénomène a même un nom.

8:11 C’est ce qu’on appelle le paradoxe de Salomon, le roi Salomon de la Bible,

8:15 qui était célèbre pour sa capacité à donner de bons conseils aux autres,

8:19 mais quand il s’agissait de ses propres affaires, il était mauvais.

8:22 Utiliser notre propre nom et le « tu » change notre point de vue.

8:25 La relation avec soi revient à donner des conseils à autrui,

8:29 ce qui nous permet de résoudre nos problèmes avec sagesse.

8:34 On peut aussi demander aux autres de nous aider à gérer notre brouhaha mental.

8:38 Mais il faut faire très attention à qui on s’adresse pour cela.

8:43 Beaucoup de gens pensent que la meilleure façon d'aider quelqu'un d'autre

8:47 est de le laisser exprimer ses émotions,

8:50 mais cela ne nous aide pas à surmonter notre brouhaha mental.

8:53 Je tiens à le souligner, car c’est une leçon très importante à retenir.

8:56 Dire ce que l’on a sur le cœur n’aide pas à surmonter le brouhaha mental.

9:00 C’est très utile pour renforcer l’amitié et les relations entre les gens.

9:05 Il est bon de savoir que quelqu'un est là,

9:07 prêt à prendre le temps de nous écouter, de faire preuve d’empathie.

9:11 Mais si vous ne faites que parler d'un problème, vous quittez cette conversation,

9:15 vous adorez la personne à qui vous venez de parler,

9:17 mais le brouhaha mental continue

9:19 parce que vous n'avez rien fait pour le résoudre.

9:22 Les meilleurs types de conversations avec d'autres personnes ont deux effets.

9:26 D’abord, la personne à qui vous parlez vous laisse exprimer vos émotions.

9:30 C’est important pour eux de faire preuve d’empathie

9:32 et de valider ce que vous traversez.

9:34 Mais ensuite, après avoir eu l’occasion de partager vos sentiments,

9:38 ils vont idéalement travailler avec vous pour élargir votre point de vue.

9:42 Ils sont dans une position idéale pour vous y aider,

9:44 car le problème ne leur arrive pas.

9:47 Réfléchissez donc bien qui choisir comme conseiller de vos brouhahas mentaux.

9:50 Ce devraient être des personnes qui écoutent et conseillent à la fois.

9:54 Cela m’amène à mon troisième et dernier outil que je souhaite partager.

9:57 C'est mon préféré.

9:59 C'est éprouver de l'émerveillement.

10:02 Il y a environ 10 ans,

10:03 des scientifiques de Berkeley ont suivi un groupe d’anciens combattants

10:06 et d’urgentistes

10:08 en descente en kayak sur la rivière Green, en Utah.

10:11 Ils ont mesuré leurs niveaux de stress post-traumatique et de stress,

10:15 leur état mental provoqué par le brouhaha mental,

10:18 à la fois avant et après le rafting.

10:21 Comme on pouvait s’y attendre,

10:22 ils ont constaté que le niveau de stress et de stress post-traumatique

10:26 de la plupart des participants avait diminué du début à la fin de l’expérience.

10:29 Mais ce qui était surprenant,

10:31 c’est le facteur qui a prédit cette baisse des TSPT et du stress :

10:36 un moment d’émerveillement pour les participants.

10:39 Nous ressentons de l’émerveillement

10:40 en présence de quelque chose de vaste et d’indescriptible.

10:44 Un magnifique coucher de soleil a cet effet sur beaucoup parmi nous.

10:47 Je suis un passionné de sciences,

10:49 donc je suis émerveillé quand je pense à l’espace et aux voyages interplanétaires.

10:53 Nous avons un SUV sur Mars en ce moment, qui nous envoie des images du terrain,

10:58 et cela ne cesse de m’émerveiller.

11:00 Lorsque nous éprouvons cette émotion,

11:02 cela conduit à ce qu’on appelle un rétrécissement du moi.

11:05 Nous nous sentons plus petit

11:06 lorsque nous contemplons quelque chose de vaste et d’indescriptible,

11:10 et notre brouhaha mental diminue simultanément à ce sentiment.

11:14 Je voudrais conclure en partageant avec vous

11:16 une série d’observations sur nos vies émotionnelles parfois désordonnées

11:21 qui occupent beaucoup mes pensées.

11:25 Et chaque fois que c’est le cas, cela me terrifie et cela m’inspire.

11:31 Il y a entre 8 000 et 10 000 ans,

11:33 nos ancêtres ont inventé la première technique chirurgicale.

11:37 Cela s’appelait la trépanation,

11:38 et il s’agissait de percer des trous dans le crâne des gens.

11:43 L’une des raisons pour lesquelles nous pensons qu’ils faisaient cela,

11:46 c’était pour aider les gens à gérer leurs émotions,

11:49 les réactions émotionnelles fortes et dérégulées.

11:52 Pour laisser sortir les mauvais esprits.

11:54 Faisons un saut dans le temps : 1949.

11:56 Un médecin portugais remporte le prix Nobel

12:00 pour une autre intervention visant à réguler les émotions.

12:03 Le nom de celle-ci ?

12:05 La lobotomie frontale.

12:07 Heureusement, l’époque est bien révolue

12:10 où nous creusions des trous dans la tête des gens

12:13 pour planter des pics à glace dans leur cortex frontal

12:16 afin de leur apporter un soulagement émotionnel.

12:18 Notre boîte à outils fondés sur la science a été considérablement améliorée.

12:24 Ce que nous devons faire mieux, c'est utiliser ces outils dans notre vie

12:28 et les partager avec d'autres personnes.

12:30 Nous dépensons d’énormes ressources

12:33 pour apprendre à communiquer plus efficacement avec les autres.

12:38 Nous devons désormais consacrer une quantité équivalente de ressources

12:42 à l'apprentissage de la manière de communiquer plus efficacement

12:45 avec nous-mêmes.

12:47 Merci.

12:48 (Acclamations et applaudissements)

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